RobotsTablettes

Signature de l’accord de Partenariat du Projet Persévérons

Le 29 mars 2017, les douze partenaires du projet Persévérons ont signé leur accord de partenariat en présence d’Olivier Dugrip, Recteur de la Région Académique Nouvelle Aquitaine, et Manuel Tunon de Lara, Président de l’Université de Bordeaux.

Comme le déclare Anne Lehmans, Maître de conférence à l’ESPE d’Aquitaine et coordinatrice du projet :

« La signature de la convention de partenariat marque le début d’un projet, d’une aventure humaine passionnante, mais aussi l’aboutissement d’un processus de construction qui s’est déroulé sur plusieurs mois et a mobilisé de nombreux acteurs ».

 

Suite du discours d’Anne Lehmans

La genèse du projet

L’aventure a commencé avec l’appel à projet e-FRAN (Espaces de formation, de recherche et d’animation numérique) dans le cadre du Programme d’Investissement d’Avenir 2. Cet appel lancé par Jean-Marc Monteil vise à soutenir des projets de transformation de l’Ecole pour la création  de « territoires éducatifs d’innovation numérique » en prenant appui sur la recherche. L’innovation et le caractère remarquable de ce projet résident dans le souci de créer une véritable synergie entre l’éducation et la recherche dans un domaine, le numérique, qui a longtemps fait l’objet d’investissements sans prise en compte des effets réels des équipements réalisés. Depuis le plan Informatique pour tous, des vagues d’équipements coûteux ont déferlé sur l’éducation, des discours plus ou moins utopiques sur les révolutions du numérique, sans que l’on prenne le temps de la réflexion et de l’évaluation. E-Fran permet de prendre ce temps à travers des projets qui associent la recherche, l’innovation pédagogique, le volontarisme des collectivités dans le maillage territorial et le dynamisme des entreprises dans le domaine de l’informatique et du numérique.
Quand l’appel à projet est sorti, il nous a semblé impensable, pour la DANE et l’université de ne pas y répondre. L’opportunité de travailler main dans la main entre enseignement et recherche, avec l’ESPE à l’articulation des projets, ne pouvait pas être manquée. A partir d’initiatives déjà engagées dans l’académie autour de la robotique, puis en élargissant le cercle de tous les acteurs impliqués dans le numérique pour l’éducation, un projet s’est construit, dont la cohérence réside dans l’attention au caractère tangible des objets et des projets construits avec le numérique. Les équipes impliquées ont, depuis le début, collaboré avec enthousiasme, dynamisme et persévérance pour aboutir à un projet scientifiquement et pédagogiquement cohérent. Elles ont été accompagnées par les équipes techniques et encouragées par les directions des services du rectorat, de l’espe, de l’université et des laboratoires de recherche.

 

Le projet

Ce travail collectif a permis d’aboutir à un projet qui associe tous les signataires présents.
Il  vise la création d’un réseau de recherche et de formation à partir de l’analyse des effets des usages numériques sur la motivation et la persévérance scolaires.
Ce sont les usages de 3 dispositifs et outils différents qui sont particulièrement visés :

  • les robots en tant que supports d’apprentissages,
  • les tablettes en tant qu’outils pour les apprentissages,
  • les FabLab en tant que « tiers-lieu » pour développer ou retrouver le goût des apprentissages.

Pour la robotique, l’INRIA et l’équipe Flowers, le LIUPPA, le Labri, laboratoires de recherche en informatique, et Aquitaine Robotics, cluster aquitain, ont uni leurs efforts pour proposer des axes de recherche, de développements et de communication autour de la robotique éducative.

Pour les tablettes, le réseau des IREM représenté par l’université Paris Diderot pour les mathématiques, le LACES représenté par l’ESPE pour les sciences physiques, ont proposé d’analyser les effets de l’usage des tablettes numériques sur les apprentissages en mathématique au second degré, dans la démarche expérimentale propre aux sciences pour le premier degré, en mettant en place un réseau d’enseignants, des protocoles d’enquête et des développements pédagogiques.

Pour les FabLabs, 3 structures remarquables par leur complémentarité se sont réunies pour travailler sur un projet commun d’évaluation des usages et d’ingénierie pédagogique : le FabLab Cohabit de l’IUT de Bordeaux du côté de l’éducation, dans une perspective de continuité bac -3/bac + 3, Cap Sciences, du côté des CCSTI, Eirlab du côté des écoles d’ingénieurs.

Le laboratoire IMS auquel j’appartiens, via l’équipe RUDII dirigée par Vincent Liquète, travaille sur l’analyse transversale des usages dans la perspective de la construction d’une culture de l’information pour les élèves.

Les laboratoires de recherche, dans une logique de recherche-action, donc en lien avec les enseignants et leurs élèves, tentent de mettre en place des outils de mesure de la motivation et de la persévérance scolaire, et d’analyser finement les réalités que recouvrent ces mots souvent vidés de leur sens et pourtant essentiels si l’on considère le nombre de jeunes sortis du système scolaire sans formation et les inégalités sociales face à la réussite scolaire. Tout en développant des programmes et des dispositifs, les chercheurs participeront à cette évaluation commune et longitudinale. C’est ce qui fait la difficulté et la richesse de ce projet.

Cette recherche nécessite des moyens importants de gestion de matériel, de développement d’outils pédagogiques et de communication. Canopé assure à la fois la gestion et l’accompagnement de l’équipement via la flotte de robots mis à disposition des établissements, et la communication autour du projet, qui passe également par la veille et la  formation.

La DANE et le rectorat assurent la liaison avec les établissements scolaires, les équipes enseignantes, les corps d’inspection et par rebond les élèves, grâce à un énorme travail de cartographie, de repérage des projets, de maillage, d’équipement (300 robots) et de formation. Ce dernier point essentiel, la formation, sans laquelle tous les projets autour du numérique sont voués à l’échec, est pris en charge par une pluralité d’acteurs : conseillers pédagogiques, IEN, IEN-ETEG et IA-IPR, mais aussi CANOPE, la Maison pour la science et l’ESPE pour la formation initiale et une partie de la formation continue.

L’ESPE pour l’Université de Bordeaux porte la gestion de l’ensemble du projet grâce à des équipes qui se sont mobilisées et impliquées de façon remarquable dés les débuts du projet, qu’elles en soient vivement remerciées : sans le service de la recherche de l’espe, sans le service informatique et sa déclinaison PI, et sans le soutien des différents services de l’UB, rien n’aurait pu aboutir.

 

Les attendus du projet

L’aventure qui a commencé solennellement au moment de la signature mais qui a déjà démarré dans la réalité depuis quelques mois est remarquable par sa dimension collective et par le fait que les acteurs, malgré leur nombre, leur diversité, l’hétérogénéité de leurs références, se sont dés le départ découverts et ont mis en place des procédures non seulement de coopération, mais aussi de collaboration ; il ne s’agit pas de travailler tous pour le même objectif, mais de travailler ensemble, en partageant des cultures de références diverses : les sciences informatique et robotique, les sciences de l’information et de la communication, les sciences de l’éducation, les mathématiques, les sciences physiques, et toutes les disciplines scolaires, la culture de l’enseignant et celle du chercheur, le monde de l’éducation et le monde social.
L’un des objectifs principaux de ce projet est donc la création d’un écosystème autour du numérique pour l’éducation qui associe un réseau d’acteurs qui se connaissent, un ensemble de ressources clairement identifiées et repérables, des dynamiques d’ouverture et d’innovation.
Cet écosystème se construit autour de plusieurs focales :

  • la question des contenus des apprentissages et de la compréhension des langages informatiques et des algorithmes très tôt dans le cursus scolaire, pas seulement pour mieux préparer les élèves au monde du travail dans lequel ils vont entrer, mais surtout pour qu’ils soient conscients des enjeux de ce que l’on appelle le « code », enjeux techniques mais aussi politiques, économiques et sociaux, si l’on considère l’importance centrale de la collecte et du traitement des données aujourd’hui. Il s’agit là d’acquérir une solide culture de la donnée qui apparaît comme un élément indispensable dans la construction de citoyens autonomes.
  • la question de l’amélioration des apprentissages quand entrent en jeu les « artefacts » ludiques (robot) ou communicationnels (tablette) qui sont des outils pédagogiques, facteurs de motivation ;
  • la question des modalités des apprentissages :
    • dans les pédagogies actives et de projet : les objets ou  les espaces en question permettent de mettre en place des modalités de travail variées qui rompent avec les postures d’enseignement traditionnelles  : la démarche par essai-erreur et l’expérimentation, le jeu quand on programme un robot, la fabrication concrète, l’instanciation physique, la valorisation de la créativité et de l’imaginaire et le processus de projection quand on utilise un fablab, la collecte des données des expériences et la diversification des modalités d’exercices quand on utilise des tablettes ;
    • dans le travail collaboratif, et les apprentissages construits « socialement » dans l’échange avec les pairs,
    • dans la transversalité des disciplines et la coopération entre enseignants notamment pour permettre aux élèves de trouver du sens dans les apprentissages scolaires habituellement cloisonnés.
  • la question de l’ouverture de l’école sur le monde de la recherche et de l’entreprise par des plateformes et des projets multiples qui permettent à ces mondes de collaborer.

D’ors et déjà le projet Perséverons essaime et continuera de le faire en mobilisant de nouvelles équipes enseignantes et de recherche, des étudiants et des enseignants stagiaires, des partenaires du monde associatif et de l’entreprise. Le site Perséverons, encore en construction mais déjà actif, permet de suivre l’aventure de près. Le Robot makers day, le colloque Scratch organisé à Bordeaux et de nombreux évènements permettent de faire rayonner le dynamisme de l’éducation, de l’école à l’université, dans la région aquitaine, autour de ce projet.

Anne Lehmans, Maître de Conférences